La période de globalisation a été celle de la mise en avant de la rationalité des échanges et de leur multiplication. Chaque participant pouvait gagner à échanger. Le modèle était à somme positive. Un tel cadre a facilité la paix entre les nations, chacun trouvant son compte à développer ses activités et ses revenus plutôt qu’à entrer dans un conflit forcément destructeur.
Ce n’est pas l’analyse du vice-président américain, JD Vance, pour qui le monde s’est développé au détriment des Etats-Unis. La liberté des échanges et le multilatéralisme sont des pièges pour les USA, leader des pays riches, puisque l’économie est avant tout un jeu à somme nulle. C’est cette idée qu’il faut retenir de la façon dont la politique économique est désormais pilotée de l’autre côté de l’Atlantique.
L’idée est que le monde est fini et qu’en conséquence, les Etats-Unis doivent inscrire leur action dans un rapport de force qui leur permettra d’accroître leur puissance, ce qui est nécessaire au maintien de la position américaine. L’approche bilatérale est privilégiée pour que la négociation reflète le rapport de force entre Washington et son interlocuteur.
Cela a plusieurs types de conséquences lorsque l’économie dominante est aussi puissante que les Etats-Unis.
La première est que le monde ne doit se développer que conditionnellement à ce qui est fait sur le territoire américain. Les droits de douane qui finiront par arriver doivent pénaliser le développement des autres économies mais aussi inciter les entreprises les plus performantes à s’installer sur le territoire américain.
La seconde est que si le monde est fini, si l’économie est un jeu à somme nulle alors il est tentant de capturer des territoires sur lesquels des biens notamment des matières premières sont disponibles. Les frontières ne sont plus aussi tangibles.
On comprend bien la bifurcation. Après la seconde guerre mondiale, la liberté d’échanger était un moyen de de developper pour les pays occidentaux mais c’etait aussi, en raison de la hausse des revenus qui en résultait, un moyen de séduire les pays restés derrière le rideau de fer. Cela a finalement fonctionné.
Ce qui a changé est le développement de régimes autocratiques en Chine, en Russie et dans quelques autres. Ces pays sans opposition politique ont aussi des velléités d’autoritarisme et d’influence dans le monde. Il ne faut pas lire autrement la Belt and Road Initiative de la Chine et les gains territoriaux de la Russie en Géorgie et en Ukraine avant même le conflit actuel.
La nouveauté est que les Etats-Unis semblent avoir basculé dans ce camp des autocrates. Dans ce modèle d’économie à somme nulle, le pouvoir est l’arme et l’enjeu ultime. L’économie n’est qu’un moyen de la puissance politique qu’elle permet. Et s’il faut conquérir des territoires pour y arriver les autocrates s’en donnent les moyens. Le droit international perd ainsi son statut de référence ultime.
A suivre …