«Nous n’avons pas d’alliés éternels, et nous n’avons pas d’ennemis perpétuels. Nos intérêts sont éternels et perpétuels, et il est de notre devoir de suivre ces intérêts.». Ce sont ces propos de Lord Palmerston, ministre des Affaires Etrangères britannique en 1848 que l’Europe aurait dû inscrire de longue date dans son schéma de politique étrangère.
Avec les ruptures qui s’observent à l’échelle globale, l’Europe se trouve démunie. Elle qui a cru plus que toute autre partie du monde que les échanges, la démocratie et les institutions étaient les ingrédients suffisants pour un cadre pacifique durable. Cette Europe de la paix a probablement loupé des moments qu’il aurait fallu saisir pour adopter une stratégie géopolitique cohérente avec un environnement changeant.
Aujourd’hui, la politique peu en faveur de l’Europe, menée par la Maison Blanche depuis l’arrivée de Donald Trump, crée la perception que le vieux continent s’est, pendant longtemps, laissé aller à une forme d’euphorie, repliée sur sa propre construction et finalement assez peu attentive aux affaires du monde.
Selon Jo Inge Bekkevold dans un article récent de Foreign Policy, l’Europe a manqué de vigilance à trois moments importants de l’histoire récente.
Le premier est l’incapacité à reconnaître le renouveau impérial de la puissance russe. Les échanges notamment sur l’énergie reflétaient cette idée que l’approfondissement des échanges serait bénéfique et procéderait à la stabilité du continent. Cela n’a pas permis de voir le regain de la puissance russe.
Le deuxième point est que la montée en puissance de la Chine a forcé les Américains à reporter leur attention militaire sur le Pacifique et à délaisser l’Europe. Ce changement d’orientation de la politique a eu lieu au début de la décennie 2010 mais n’a pas incité les Européens à se réarmer. Le budget militaire n’a augmenté que dans 4 pays. C’est bien insuffisant au regard du retrait déjà perceptible des Américains.
Le troisième moment est le rapprochement de la Chine et de la Russie dès 2014. La Chine a permis à la Russie de ne pas se percevoir isolée malgré les tensions en Ukraine après l’invasion de la Crimée.
Ces trois moments récents auraient dû être des alertes pour l’Europe, des signaux de leur isolement par rapport aux trois autres puissances. Il faut maintenant compenser la fin de l’accès à bon prix du gaz russe, prendre en compte le changement d’intérêt des Américains, l’accord sino-russe et constater que le parapluie américain sur l’Europe n’est plus aussi efficace.
Ainsi, sur un temps restreint, l’Europe doit-elle s’inscrire dans une stratégie qui aurait pu être mise en œuvre depuis une dizaine d’années. Cela aurait été bénéfique pour la croissance et n’aurait pas engendré la précipitation et l’urgence dans laquelle l’Europe est plongée désormais avec un risque de désorganisation pénalisant l’activité et l’emploi.
Le monde avait changé et l’Europe ne voulait pas s’en apercevoir.