Tout le monde s’est livré aux prévisions pour 2026. En établissant des comparaisons, en tirant des traits, en élaborant des logiques et des rationnels… On a longtemps pensé, notamment après la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, que l’Histoire avait un sens défini. Les soubresauts actuels signalent que ce n’est pas le cas.
En particulier, si la troublante incertitude actuelle ressemble à celle des années 1930, elle ne signifie en aucun cas une issue identique : l’Histoire s’écrit avec ses accélérations, ses non-linéarités, sans savoir exactement où elle va.
Surtout, plus personne ne peut croire que le monde pourrait revenir au cadre coopératif dans lequel il a évolué pendant des décennies.
Il n’y pas si longtemps, l’économie dominait les décisions et il y avait une forme d’efficacité à faire jouer les complémentarités entre les différentes régions dumonde. D’une partie du globe à l’autre, les règles n’étaient pas franchement les mêmes mais elles étaient cohérentes. Cela s’est traduit par une longue phase de globalisation qui a distribué la richesse de la Chine aux Etats-Unis, en passant par l’Asie.
Les tensions sur la technologie ont bouleversé les relations entre la Chine et les Etats-Unis. Les choix économiques ont pris une dimension politique et des préférences plus hétérogènes d’une région à l’autre.
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En décembre, la Maison-Blanche publiait son rapport sur la Stratégie de Sécurité Nationale, confirmant des priorités diplomatiques claires, focalisées surl’ensemble du continent américain. La mainmise des Etats-Unis sur sa majorité apparait aux actuels gouvernants américains comme une condition nécessaire pourleur sécurité. Application basique de la doctrine Monroe.
En son nom, on a vu depuis plusieurs mois la façon dont Washington opère. Du soutien substantiel au président argentin Javier Milei au coup de force auVenezuela en passant par l’appui au nouveau président-élu au Chili, la Maison-Blanche marque son territoire. Et son regard se porte vers le Sud comme vers le Nord.
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Dans ses Mémoires, Raymond Aron fait référence à son opposition à Valéry Giscard d’Estaing lorsque celui-ci était Président de la République française: « Le drame de Giscard, c’est qu’il ne sait pas que l’Histoire est tragique. »
Pour Raymond Aron, l’Histoire est irrationnelle, les passions humaines, les idéologies et les conflits de puissance ne s’effacent pas devant la simple raison. Latragédie de l’Histoire vient aussi de son imprévisibilité et du hasard.
Aron souligne que la politique est avant tout un rapport de force.
En réfléchissant à ce qui nous attend cette année, et les autres, on peut dire : l’Histoire n’est pas déterministe. Tout est possible y compris la remise en cause dudroit international et des relations économiques.
On ne réfléchit pas bien trop seul : merci à Géraldine Amiel pour nos discussions.