Le monde avait une dimension kantienne, notamment après la chute du Mur de Berlin. Un tel cadre validait la primauté du droit, l’interdépendance économique, le règlement négocié et pacifique des différents et la dilution volontaire de la souveraineté. Autrement dit, le cadre économique et juridique, collectivement accepté, avait pris l’ascendant sur le politique. L’Europe contribuait notamment via l’ « effet Bruxelles » mettant en avant l’ordre et les normes juridiques dans la globalisation.
Chaque pays intégrant l’ordre international s’inscrivait peu ou prou dans ces 4 dimensions.
Cette phase de globalisation a eu une dimension vertueuse. Elle a permis au Sud global de connaitre une période de croissance soutenue. La part des pays émergents dans le PIB mondial est désormais plus importante que celle des pays développés. En l’espace de 25 ans, les poids relatifs de chacun se sont inversés. En 2000, les pays avancés faisaient 60% de ce PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat) contre 40% pour les émergents. Pour 2025, selon les données du FMI, c’est 60% pour les émergents et 40 % pour les développés. Même si la Chine a joué un rôle essentiel, la bascule est significative.
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Cependant, le cadre définit par les 4 règles est fragilisé depuis quelques courtes années et le phénomène a été accentué par l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche.
La primauté du droit n’est plus la règle. On vient de le voir avec l’opérations sur le Venezuela, indépendamment de tout jugement. Le droit international n’a pas été respecté et il n’a jamais été perçu comme un obstacle à l’opération.
L’interdépendance économique est encore un élément valide puisque les échanges ont été très denses avec la nouvelle cartographie de la sphère manufacturière dans laquelle la Chine assure plus de 30% de la production mondiale. Cela pourrait évoluer néanmoins avec la volonté d’autonomie qui sous-tend la politique américaine.
Le règlement pacifique et négocié des différents est fragilisé. Les menaces et les actions de la part de Washington sur le juge français de la CPI en est une illustration.
Le balancier entre économique et politique a changé d’allure. Le politique dispose désormais d’un poids considérable même si souvent les dispositions prises ont une coloration économique.
Une grande partie de ces changements et de leur accélération résultent des choix faits récemment à Washington, provoquant pour l’économique et le politique une approche d’une nouvelle nature.
Le monde est passé d’un cadre qui pouvait avoir une représentation linéaire par respect des règles et des conventions à un cadre où les règles et les conventions ne sont plus perçues comme aussi respectables. La Chine, la Russie et désormais les Etats-Unis s’alignent sur des règles qu’ils définissent eux-mêmes. Le monde n’est plus le même et les conséquences macroéconomiques seront considérables.
A suivre….