Le cheval de bataille de Donald Trump est la relocalisation de la production aux Etats-Unis. Pendant la longue période de globalisation, les emplois industriels ont été déplacés en Asie et en Chine en particulier laissant de nombreuses régions dévastées par la montée du chômage. Ce phénomène a été avancé comme d’autant plus dommageable que les revenus associés à des emplois peu ou pas qualifiés ont peu progressé contrairement aux revenus des ouvriers chinois.
Il y avait une forme de double peine pour les ouvriers américains au détriment principalement de la Chine. Trump mais aussi Biden dans l’entre-deux ont souhaité inverser la tendance et relancer l’emploi manufacturier à la fois pour produire localement, redonner de l’emploi dans les régions les plus affectés mais aussi pour limiter la dépendance des Etats-Unis. Ce programme ambitieux ne se retrouve pas dans les chiffres.
- L’emploi manufacturier est, en décembre 2025 et en proportion de l’emploi total, à son plus bas historique. Les velléités de politique industrielle n’ont pas franchement eu d’effet sur la relocalisation, en tout cas sur la capacité des entreprises américaines à générer de l’emploi manufacturier

- Cette question est posée aussi sur l’allure de la production industrielle. Le gouvernement a mis beaucoup de moyens pour inverser la tendance sans que cela ne se traduise par un rebond fort de la production industrielle. On peut toujours arguer que cela prend du temps mais cela fait déjà plus de 3 ans, depuis l’Inflation Reduction Act d’août 2022, que la politique industrielle a retrouvé le pouvoir à Washington. C’est long.Depuis 2021, la production industrielle US, relativement au reste du monde, n’a pas fait beaucoup mieux que la zone Euro !!!!

- La troisième dimension est celle des dépenses de constructions d’usines. C’est un sujet majeur pour le renouveau de l’industrie. Sur le graphe on voit l’inflexion lors de la mise en place de l’IRA en août 2022, on voit aussi le retournement depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche. Beaucoup d’investissements ont été faits dans les data centers, c’est nécessaire mais la production manufacturière est une dimension autre. C’est celle de votre voiture, de l’avion ou de machine à laver qu’il faut fabriquer

Ce constat sur les Etats-Unis pose un certain nombre de questions.
- Les entreprises américaines, face à l’incertitude sur les mesures de politique industrielle (droits de douane par exemple) ont tout intérêt à attendre avant d’investir ou d’embaucher. Les changements de cap de la Maison Blanche réduisent l’horizon économique et pénalise ainsi la croissance potentielle des Etats-Unis.
- Si l’idée d’autonomie engendrée par la réindustrialisation est excellente, quels sont les moyens à mettre en œuvre pour que l’ensemble soit efficace ? Depuis l’IRA, le gouvernement américain n’a pas compté mais les résultats sont décevants. Cela remet il en cause la capacité d’un pays à retrouver un niveau élevé pour son industrie après une longue période de désindustrialisation ?
- L’Europe doit s’appuyer sur cet exemple pour dessiner sa propre stratégie et se définir des objectifs propres. La carte à jouer est surement celle de l’adaptation au changement climatique que les USA ont abandonné.
