Résumé
La principale difficulté pour les économistes est de penser les ruptures macroéconomiques : les projections à 5–10 ans tendent à n’ajuster que le court terme puis à supposer une situation de stabilité, alors que l’histoire récente (depuis 2000) a été marquée par des changements non linéaires et largement imprévus (montée en puissance de la Chine, divergence Europe/États-Unis, crise financière de 2008-2009, crise des dettes souveraines en Europe).
Ces basculements sont difficiles à anticiper dans un cadre de projections classiques, car ils exigeraient d’identifier à l’avance des mécanismes « rationnels » déclencheurs.
Pour mieux appréhender l’avenir, il est proposé de raisonner différemment : partir d’un point d’atterrissage en 2040/2050 et construire plusieurs scénarios d’équilibre possibles, plutôt qu’un scénario unique.
Parmi les configurations envisagées :
(1) un monde à deux leaders, États-Unis et Chine, avec une Europe reléguée et moins autonome technologiquement ;
(2) une Europe redevenue leader avec les Etats-Unis et la Chine grâce à une politique industrielle forte, une intégration accrue du marché unique et un regain d’autonomie monétaire ;
(3) un leadership américain dominant, la Chine étant fragilisée (notamment via des contraintes énergétiques) ;
(4) une Chine leader avec des États-Unis affaiblis par des contradictions internes ;
(5) l’absence de leader, dans un environnement plus contraint et conflictuel, pouvant aller jusqu’à des destructions d’infrastructures numériques (ex. data centers) modifiant les rapports de force.
L’argument central est que la situation observée en 2026 n’avait pas été anticipée en 2000 (ni l’ampleur de l’essor chinois, ni le décrochage européen), et que des projections trop optimistes et linéaires — comme la stratégie de Lisbonne — ne suffisent pas : il faut multiplier les scénarios pour penser le futur et apprendre à raisonner sur l’incertitude.