Dans un discours récent, JD Vance, le vice-président américain expliquait l’échec de la mondialisation en ces termes : « L’idée de la mondialisation était que les pays riches progresseraient dans la chaîne de valeur, tandis que les pays pauvres fabriqueraient les choses les plus simples. » Cet ordre n’a pas tenu. La Chine et de nombreux pays notamment en Asie se sont développés, concurrençants les pays riches. C’est pour cela, selon Vance, que la mondialisation, qui n’a pas maintenu l’ordre établi, est un échec.
Cette vision n’est pas forcément celle des économistes.
Anthea Roberts et Nicolas Lamp dans « Six Faces of Globalization: Who Wins, Who Loses, and Why it Matters », recensent les 6 différentes visions de la mondialisation. Comment alors positionner Vance ? (Je reprends les intitulés des auteurs pour caractériser les interprétations.)
1- La vision des grandes institutions. L’allocation des ressources est efficace à l’échelle du globe et il existe toujours une façon de recoller au peloton. C’est le miracle de la destruction créatrice.
2- Une interprétation populiste de gauche : la globalisation a engendré des inégalités dans la distribution des revenus : globalisation favorable aux 1% et aux détenteurs du capital.
3- Dans une autre vision de gauche, les grands vainqueurs sont les entreprises multinationales qui ont redéfini les règles du commerce et les règles fiscales pour devenir encore plus puissantes.
4- La vision populiste de droite déplore la paupérisation des travailleurs des pays occidentaux au profit des travailleurs des économies émergentes.
5- La géoéconomie : La globalisation engendre des enjeux qui nous font perdre notre souveraineté. La Chine a instrumentalisé la libéralisation des échanges et les flux d’investissements pour rattraper, voire menacer, les nations occidentales. Le recours est de se concentrer sur la technologie pour tenir le bras de fer avec la Chine.
6- La globalisation engendre une trajectoire qui n’est pas soutenable. Il faut redéfinir un cadre nouveau.
Avant de revenir à Vance, on note que la position de Donald Trump durant son premier mandat était plutôt celle des populistes de droite. Il utilisait implicitement le schéma de l’éléphant de Branco Milanovic montrant alors que les revenus des pays émergents avaient progressé beaucoup plus vite que ceux des salariés peu qualifiés des pays développés.
Aujourd’hui la géoéconomie colle mieux avec la vision de Vance et de Trump. Sauf que, pour Roberts et Lamp, la mondialisation a eu des effets positifs sur les revenus de tous. Pour Trump et Vance, l’Amérique a perdu dans cette mondialisation. Ils vont au-delà de l’analyse économique pour y inscrire une dimension politique.
L’économie n’est qu’un moyen pour faire passer un message politique. Si les Etats-Unis ont perdu sur l’économique, son renouveau ne pourra passer que par l’action politique et donc par un rapport de force à grande échelle.
À suivre…