La rupture n’est pas encore complétée mais un retour en arrière paraît illusoire. Les raisons qui ont fait basculer le modèle de l’économie mondiale n’ont pas disparu.
La politique industrielle reste attrayante car elle recentre le débat sur la localisation de la production et répond à la critique souvent faite à la globalisation sur l’emploi.
Pourtant, jusqu’à présent ce volontarisme dans les pays développés n’a pas été marqué par un franc succès. Aux USA et en zone euro, le profil de la production industrielle est moins robuste que dans de nombreux pays émergents, sans parler de la Chine. L’emploi manufacturier dans l’emploi total continue de se réduire. En décembre 2025, ce poids est au plus bas historique aux USA.
Xi, qui a donné une impulsion politique et plus indépendantiste à la Chine, est toujours au pouvoir. Deng Xiaoping avait créé les conditions pour un rattrapage économique dès la fin des années 1970, XI l’a transformé en une dynamique politique plus vaste qui ne parait pas réversible.
Les tensions sur la technologie et l’IA entre les Etats-Unis et la Chine n’ont pas disparu. C’est l’élément clé pour comprendre les différentes ruptures et le changement de modèle. Les Etats-Unis ont perdu une forme de monopole que les Chinois souhaiteraient s’approprier. L’éventuel passage de témoin ne se passe pas bien.
Cette hétérogénéité reflète un monde multipolaire où chacun définit ses propres objectifs et ses façons d’y arriver.
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Daniel Cohen dans « Trois leçons sur la société post-industrielle » insiste sur le rôle des institutions dans la gestion des affaires internationales. Il indique ainsi que : « Les risques d’un monde multipolaire nécessairement instable ne peuvent être évités qu’en créant un ordre multilatéral, doté d’institutions légitimes, qui sache désarmer les conflits que l’évolution spontanée du monde prépare. » Daron Acemoglu et ses co-auteurs insistent aussi sur le rôle des institutions pour promouvoir la croissance et rendre cohérentes les décisions et les trajectoires.
Le chemin choisi n’est pas celui des institutions internationales robustes.
La Maison Blanche veut réduire le rôle de la Chine, notamment, au sein des grandes institutions occidentales. Dans le même temps, l’Empire du milieu cherche à mettre en place ses propres institutions, pour ne plus dépendre des USA, même si elle n’y a pas encore réussi.
Récemment, Washington s’est échappé du G20 sud-africain pour des raisons lunaires et, la semaine dernière, Donald Trump a sorti, les USA, de 31 organisations de l’ONU et de 35 autres. L’échange et le compromis ne font plus partis du vocabulaire diplomatique américain.
Les élastiques que représentent les institutions pour contenir un monde multipolaire sont désormais fragiles et fragilisés. On ne peut plus faire l’hypothèse d’un retour en arrière. Il faut réfléchir autrement.
A suivre…
