« Il y a des décennies où rien ne se passe, et il y a des semaines où des décennies se passent. » Cette citation de Lénine est très utilisée actuellement mais elle résume bien l’accélération de l’Histoire.
L’Histoire s’affole et chacun devient obligé de choisir son camp. C’est une différence majeure avec la chute du mur de Berlin. En novembre 1989, le choc était perçu comme la source d’une dynamique commune même si l’allure de celle-ci était incertaine. Aujourd’hui, chacun semble devoir choisir son camp, provoquant une partition du monde qui n’existait pas. L’économie globale ne peut alors plus fonctionner de la même façon.
Les raisons de ce bouleversement sont nombreuses. Certaines préexistaient mais elles ont été brutalement renforcées.
Le premier point est la relation entre les Etats-Unis et l’Europe. Le changement de pied est la publication du rapport sur la sécurité stratégique par la Maison Blanche. L’Europe est alors apparue comme vieillissante et sans importance stratégique pour les USA avec les conséquences sur le statut de l’OTAN. Les tensions se sont accentuées avec le Groenland et la brutalité de la proposition américaine liant opposition à l’acquisition et forte hausse des droits de douane. Le retour en arrière annoncé par Trump à Davos ne doit pas faire illusion. Les relations entre les deux régions sont durablement esquintées.
Le deuxième point est la rupture énoncée par Mark Carney à Davos. Les puissances moyennes, Canada et Europe, doivent gagner en autonomie pour pouvoir décider de leur propre sort et ne plus être accrochés aux basques américaine ou chinoise. Le propos est vivifiant mais demande une vraie reprise en main par elles mêmes des puissances moyennes. En Europe cela remet en avant l’importance des rapports Letta et Draghi.
Le troisième point est Taiwan. Le pays est un fournisseur majeur de semi-conducteurs pour l’IA notamment. Des investissements massifs aux Etats-Unis contre une baisse des droits de douane peuvent ils suffire pour réduire le risque sur l’île ? Si les tensions entre la Chine et les Etats-Unis reprenaient, la région deviendrait une vraie source d’inquiétude en raison du risque de blocus chinois sur l’île.
La quatrième raison est l’attaque directe sur la Fed. Le visage blême de Powell dans la vidéo illustre l’irrespect profond des institutions.
Sur le plan économique, un vrai virage est l’allure des taux d’intérêt japonais. De très bas pendant très longtemps, ils sont désormais élevés posant ainsi de vraies questions sur l’équilibre financier mondial. Les investisseurs japonais irriguaient le monde de leur épargne en raison de taux d’intérêt trop bas au Japon. Ce ne sera plus le cas.
Le dernier point de bouleversement est la perte définitive de son softpower par les Etats-Unis en raison de ce qui se passe à Minneapolis et ailleurs. L’Amérique ne fait plus rêver personne.
L’Histoire s’accélère mais comment choisir sir un camp ?