La nomination, même temporaire, de Stephen Miran à la Federal Reserve américaine va engendrer des tempêtes dans l’antre du FOMC, le comité de politique monétaire.
Cette nomination fait suite à la démission d’un des membres, Adriana Kugler, le 1ᵉʳ août. Son mandat courait jusqu’au 31 janvier 2026. La solution Miran s’étend sur cette période en attendant de nommer celui qui, en mai 2026, succédera à Powell à la présidence de la Fed.
La grande thématique de Stephen Miran est la valeur trop élevée du dollar.
Depuis Bretton-Woods, les États-Unis ont tenu le rôle de prêteur en dernier ressort pour l’ensemble du système international. L’apport de liquidités et la gestion des chocs ont rendu le système efficace. La contrepartie est, pour le Trésor US, d’émettre en dollar. Ce n’est pas un mince avantage.
Le dollar est donc un bien public dont la valeur augmente avec les besoins de liquidités d’un monde qui croit plus vite que l’économie américaine.
Celui qui est encore chef économiste de la Maison Blanche considère que le dollar est trop cher et qu’en conséquence la balance commerciale américaine ne peut pas se rééquilibrer. Il faudrait un choc de compétitivité. Il indique que si cela ne pouvait pas être effectivement mis en œuvre, des droits de douane pourraient avoir les mêmes résultats.
Pour l’instant, on note que les entreprises européennes paient désormais des droits de douane à 15 % alors que l’euro s’est apprécié.
Il propose, pour faire baisser la valeur du dollar, un accord entre banques centrales, du type Accord du Plaza de 1985. Les banques centrales s’étaient mises d’accord pour ajuster le billet vert à la baisse après la formidable envolée de la monnaie américaine au début des années 1980.
Il considère aussi que pour sécuriser le financement des finances publiques US, les autres pays pourraient acheter des titres très longs du Trésor. Cette discussion s’est probablement inscrite dans les négociations sur les droits de douane. Je pense aux 600 milliards de dollars de l’Union Européenne et aux 550 mds du Japon que Trump souhaite utiliser comme il le désire.
Qu’en penser?
La première question porte sur la possibilité d’une intervention coordonnée des banques centrales?
Il faudrait aussi que toutes les grandes banques centrales entrent dans le jeu alors que le cadre global est désormais non coopératif.
Pour la Fed, une baisse du dollar provoquerait un choc inflationniste qui se rajouterait à celui associé aux droits de douane. Elle devrait remonter son taux de référence.
Par ailleurs, un accord serait-il perçu comme crédible par les investisseurs ? Si oui, cela se traduirait par d’importantes sorties de flux des marchés US. Si ce n’est pas le cas, toute baisse du billet vert serait interprétée comme une opportunité.
Le bras de fer entre Powell et Miran va être essentiel pour nous tous. Le risque est que la politique monétaire US devienne soumise au diktat de la Maison Blanche. Ce serait une catastrophe.