Les déclarations faites par la Maison Blanche suggèrent que la situation pourrait évoluer rapidement. La stratégie américaine se heurte à un problème d’efficacité et Donald Trump est revenu sur l’urgence mise en avant au début du conflit. Ce peut être un signal de retrait mais ce peut aussi traduire un changement de tendance qui annonce un conflit long. Il est trop tôt pour se prononcer avec certitude. Il y aura encore des girations déstabilisantes.
On doit néanmoins réfléchir à un scénario où le conflit s’arrêterait rapidement. Celui-ci, de courte durée, incite à se demander si, finalement, on ne reviendrait pas à la situation d’avant le 28 février, avant l’intervention d’Israël et des Etats-Unis.
Un arrêt rapide du conflit par les USA refléterait cependant, une nouvelle fois, le comportement TACO du président américain. Le terme forgé par le journaliste du Financial Times, Robert Armstrong, signifiant « Trump Always Chickens Out » que l’on peut traduire par « Trump se dégonfle toujours ». Derrière cela il y a la crédibilité de l’action de Washington qui est en cause.
Cela n’est pas qu’une anecdote notamment sur le plan militaire.
De très nombreux pays du Moyen-Orient avaient délégué leur défense aux Etats-Unis. Tout en achetant des armes, ces pays se sentaient protégés par l’action des bases militaires US locales si cela était nécessaire. Un abandon du conflit par les Américains et c’est cette longue construction qui viendrait à s’écrouler. Elle pourrait inciter les pays du Golfe à agir autrement et à tisser d’autres alliances.
La gestion déléguée de sa propre sécurité ne doit pas fonctionner qu’en cas de paix. Les pays du Moyen-Orient le perçoivent clairement.
Ce pourrait aussi être une leçon pour l’Europe qui doit renforcer son autonomie militaire.
Cette question de la crédibilité de l’action américaine porte les germes d’une régionalisation de la défense et d’une gestion plus complexe des alliances dont la nature et la composition changeront.
Le deuxième point est le retour, à nouveau de la géographie. Après la pandémie et les pénuries qui ont suivi, on retrouve une situation qui va inciter à repenser la question des dépendances. Le choix de produire des engrais et du kérosène au Moyen-Orient apparaît désormais excessif. Le consommateur en paiera le prix sur l’alimentation et un prix du billet d’avion va vite progresser. A nouveau la tentation va être de relocaliser des productions et pour les entreprises de maîtriser leur chaîne de valeur internationale. Trois semaines de conflit ont suffi pour remettre ces dimensions au premier plan des préoccupations.
Le conflit est le révélateur d’un monde qui doit se réorganiser. Le rapport de force devient le mode de régulation. Auparavant, les règles étaient communes et l’objectif global unifiait les comportements. Ce n’est plus le cas. Le conflit, même s’il est court, l’a révélé.