La banque centrale doit-elle signifier ses intentions lorsqu’elle définit sa politique monétaire, c’est la question posée par Kevin Warsh le nouveau président de la Fed ?
Lors de la grande crise financière, l’économie est sens dessus dessous. Les repères ont changé et les banques centrales doivent mettre en place des stratégies non orthodoxes, comme les achats d’actifs sur une grande échelle : à situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle.
Par la suite, pour sortir de cette situation inédite, Ben Bernanke a multiplié les signaux de communication pour guider les acteurs de l’économie. La procédure de Forward Guidance (Orientation Prospective) donnait à la Fed la capacité de signaler les orientations qui seraient prises afin de rassurer les acteurs de l’économies tout en réduisant la volatilité des actifs financiers.
Cette opération a renforcé le statut et le rôle des banques centrales dans la gestion du quotidien. Aujourd’hui, Warsh, souhaite revenir en arrière afin que les investisseurs soient davantage conditionnés par les données de l’économie réelle que par l’interprétation que pourra en faire la banque centrale.
Il souhaite modifier la communication de la Fed, exclure le forward guidance, réduire le nombre de réunions du FOMC, limiter la taille des communiqués après celles-ci, et ne plus faire du tableau des prévisions des membres de ce FOMC l’alpha et l’oméga de ce qui sera fait dans le futur de la banque centrale.
Deux remarques critiques
1- Les investisseurs continueront de faire des prévisions sur la courbe des taux d’intérêt. Les priver de l’information de la banque centrale c’est accepter une incertitude plus élevée et donc une prime de risque plus importante puisque l’orientation de la politique monétaire serait perçue comme une surprise.
La remontée récente des taux longs américains résulte sûrement de ce facteur.
2- Dans le forward guidance, il y a deux dimensions. L’une peut être de fixer un objectif et une trajectoire de taux d’intérêt, l’autre est d’expliquer la réaction que pourrait avoir la banque centrale au regard des conditions d’activité et d’inflation.
La première dimension est clairement trop contraignante mais la seconde est nécessaire. Les marchés de la dette son considérables désormais, et la banque centrale doit donner des signaux comme un conducteur qui signale un dépassement ou un changement de direction avec un clignotant. Les banques centrales doivent activer ce clignotant tout en sachant que si les conditions changent elles ne seront pas liées par ce signal.
Dans un monde plus complexe et fragmenté, les banques centrales ont toujours un rôle majeur à jouer, elles doivent signaler leurs intentions pour éviter des ajustements trop brutaux qui seraient contreproductifs. La politique monétaire doit s’adapter à ce nouveau monde mais elle ne doit pas en accentuer les risques. C’est ce qu’elle ferait en supprimant le forward guidance.
