La dynamique du monde peut se lire au travers des rapports de force. C’est la dimension tragique de l’histoire que j’évoquais hier. Dans celui-ci, on peut loger de nombreux éléments : de l’idéologie, de la puissance militaire ou encore la capacité à être indispensable via la monnaie et les marchés financiers.
Ce jeu de puissance d’une région à une autre se construit aussi sur les données économiques. Cette dimension fonde la capacité à innover, à être compétitif et à finalement continuer de peser sur les affaires du monde.
Dans la recomposition du monde qui s’opère, ces rapports de puissance économique vont avoir un rôle clé. Pour en comprendre les enjeux, j’ai comparé les trois grandes régions du monde sur la production, les exportations et sur la compétitivité. Chaque courbe d’une région est exprimée en fonction de la courbe globale hors la région analysée. Cela discrimine davantage. Les données sont en base 100 en 2021 afin de mieux saisir la dynamique post-pandémie. Le dernier chiffre disponible est celui d’octobre 2025 publié par CPB aux Pays-Bas
La production industrielle et les exportations envoient le même type de signal.
La Chine domine l’activité. Sa production et ses exportations progressent beaucoup plus vite que celles du monde.
Les Etats-Unis font moins bien que l’économie globale notamment sur la production industrielle.
La zone Euro sous performe nettement sur la production industrielle et sur les exportations
En quelques courtes années, les écarts sont considérables. Pour la zone Euro, la baisse relative de la production et surtout des exportations suggèrent une perte de compétitivité prix, de capacité à innover et de qualité des produits de la zone.
L’indice des prix à l’exportation montre une forte compétitivité prix en Chine alors qu’en zone Euro les prix sont devenus trop élevés. La situation est neutre aux USA
Le défi pour les européens est triple
- Comment éviter d’être directement concurrencer sur son marché par les produits chinois peu chers et innovants
- Comment peser sur le monde et les affaires du monde lorsque son poids économique s’étiole.
- Il faut vraiment faire bouger les lignes. Le rapport Draghi, la réindustrialisation, la prise en compte de ce qu’est le monde désormais ne doivent pas être que des mots.
Philippe Waechter est chef économiste d’Ostrum AM à Paris



