La hausse du taux d’inflation au-dessus de 3% en zone Euro et aux Etats-Unis va-t-elle engendrer une réaction forte des banques centrales.
C’est la question majeure des deux semaines qui viennent. La BCE se réunira le 11 juin et la Fed, une semaine plus tard les 16 et 17. Face à l’accélération des prix, les banques centrales doivent elles durcir le ton ou faire le dos rond ? Face à ces deux options, les discussions vont bon train entre économistes.
Pour éclairer le débat, la lecture de l’analyse des deux mandats de Jay Powell à la tête de la banque centrale américaine est pertinente. C’est ce qu’ont fait deux économistes américains de l’Université de Berkeley. Christine Romer et David Romer sont rompus à cet exercice qui consiste à relier la macroéconomie et les actions, publications et décisions de la banque centrale. (.https://www.brookings.edu/articles/an-early-retrospective-on-monetary-policy-in-the-powell-era/)
Il n’y a pas de modèle dogmatique mais une analyse approfondie et précise des interactions entre la macroéconomie et la banque centrale.
Ils concluent sur six points majeurs
1- La politique monétaire doit être concentrée sur ses objectifs propres (inflation et croissance) conditionné par un modèle s’appuyant sur des données du passé et non sur des attentes subjectives. Son objectif ultime est la gestion à court terme de la demande globale et pas l’inflexion des tendances structurelles.
Le reproche des auteurs est le retard de la Fed en 2021 pour prendre la mesure de l’inflation en pensant que l’inflation ne réagirait pas (courbe de Philipps plate)
2-Il faut agir vite et fort pour faciliter la gestion de la demande globale. L’approche gradualiste, par petits pas, n’est pas la plus efficace.
3- L’inflation a des effets négatifs même si les anticipations d’inflation restent bien ancrées. La hausse durable des prix engendre de l’incertitude et une perte de confiance dans les institutions. C’est pour cela que la banque centrale ne doit pas prendre le risque d’attentisme surtout si le choc est perçu comme persistant.
4-En conséquence, le forward guidance qui vise à orienter les anticipations des investisseurs est efficace dans des phases sans chocs mais se révèle être un carcan dans les périodes chahutées. La politique de la banque centrale doit être agile pour pouvoir agir vite et fort.
5- Le bilan de la Fed doit rester important pour faciliter la gestion des liquidités du systèmes bancaires. Ces besoins de liquidités, généralement liés à la réglementation prudentielle, doivent être satisfait pour ne pas engendrer un risque pour l’ensemble du système bancaire (krach du marché repo de septembre2019)
6-L’indépendance de la banque doit permettre à celle-ci de prendre les décisions efficaces pour la stabilité macroéconomique et financière. Elle ne peut cependant pas être la seule institution à défendre ce statut. C’est avant tout un choix collectif. C’est un enjeu contemporain.
A suivre...
