Le moment tant redouté est arrivé où le chaos politique rattrape l’économie.
Au moment où les taux d’intérêt s’embrase la France est montré du doigt sur un budget qu’elle ne réussit pas à dompter. Le gouvernement ne dispose pas de majorité à Assemblée Nationale pour le faire adopter et, en mai prochain, un nouveau locataire s’installera à l’Elysée. Et sa stratégie budgétaire, forcément, n’est pas encore clairement définie.
Le rôle des investisseurs étrangers
Les investisseurs internationaux s’interrogent sur le profil des finances publiques à venir. La trajectoire à venir de la dette française apparait encore orientée à la hausse avec un budget qui reste déficitaire à 5% du PIB selon la loi de finance initiale de 2027.
Ces investisseurs doivent se positionner sur le risque français. Pour la France, cette question est d’autant plus brulante que la dette française est détenue majoritairement par des non-résidents.
Un changement de cap dans les anticipations, à Milan, Tokyo ou New York aurait un effet fort et durable sur le profil des taux d’intérêt. L’Allemagne a été de longue date l’ancre de la dynamique financière française. L’écartement des taux d’intérêt de long terme entre les deux pays indique une perte de repère vis-à-vis des enjeux français.
Le budget sera-t-il voté?
La question majeure porte sur la capacité du gouvernement à inscrire l’économie et le budget sur une trajectoire qui convergerait vers l’équilibre. Le budget juste présenté manque de capacité de conviction, il ne sera probablement pas voté à l’Assemblée nationale, faute de majorité, et quand bien même sera remis en cause par le gouvernement issu des élections. Pourquoi s’allier à un gouvernement minoritaire lorsqu’un parti présente son propre candidat?
Qui trouverait un intérêt à soutenir le premier ministre à quelques mois des élections ?
Dès lors, détenir de la dette française devient un pari sans plafond visible chaque hausse de taux dévalorise les portefeuilles, sans que l’on sache où la dérive s’arrêtera. Une position difficile à justifier dans la durée. Il y a, pour eux, d’autres opportunités sur un marché de la dette devenu très large avec une distribution des risques plus équilibrée.
La BCE, une bouée sous conditions
Une intervention de la BCE est complexe. Son instrument anti-fragmentation, le TPI, est réservé aux tensions de marché injustifiées, déconnectées des fondamentaux. Or le problème français est d’abord budgétaire.
Toute autre intervention de la banque centrale supposerait un engagement de Paris sur sa stratégie budgétaire. Mais un gouvernement sans majorité, appelé à être remplacé en mai, peut-il engager le pays dans la durée ? Avec quelle légitimité, quand chaque candidat, dressé sur ses ergots, promet qu’avec lui tout sera réglé ?
Surtout que la potion a avalé serait très amère. Rappelons-nous l’Espagne, le Portugal et quelques autres pays durant la crise des dettes souveraines !!! La taille du secteur public avait été fortement réduit, les retraites abaissées et les salaires fortement érodés.
La crise peut s’accentuer sous deux versants.
La première est celle du manque d’attrait de la dette pour les investisseurs notamment lors des émissions par le Trésor français. Les montants collectés seraient alors insuffisants parce que les prix sont trop bas (et les taux d’intérêt trop haut). Dès lors, le phénomène peut devenir cumulatif, créer de la défiance et engendrer une véritable crise de financement de l’Etat français. Il faudrait alors mettre en place des ajustements budgétaires drastiques pour un gouvernement qui serait toujours sans majorité.
La deuxième est que cette crise française incite les investisseurs non européens à se détourner de la dette européenne. La baisse de l’euro est peut-être un premier signal. Cela peut renforcer l’inflation importée et renchérir le prix de l’énergie contraignant ainsi la BCE dans sa stratégie monétaire. La crise française augmenterait alors la risque de fragmentation de la zone euro. Cela a peut-être commencé sur les pays risqués. Pour les pays respectant les règles, la BCE pourrait mettre ne place la procédure d’urgence TPI. La France subirait alors une pression beaucoup plus forte pour s’ajuster.
Deux scénarios plus un
Pour des raisons que l’on ne maîtrise pas le détroit d’Ormuz se fluidifie, les risques sur le capital s’estompent, les tensions inflationnistes se dissipent et l’ensemble des taux d’intérêt diminue partout dans le monde. Il n’y a plus d’attentes spécifiques et la situation se normalise. Le doigt pointé sur le France s’estomperait alors.
L’autre possibilité est celle portant l’interrogation sur les 8 mois avant les élections. Peut-on tenir 8 mois avec ces tensions qui s’exacerbent ? La France aura-t-elle la capacité de faire le dos rond en donnant des gages qui ne résolvent pas tout mais permettent d’attendre le prochain président ou une crise politique peut-elle provoquer un ajustement brutal obligeant à une élection prématurée ?

