A la veille de la réunion de la BCE, l’analyse des deux Romer valide l’option de la BCE de remonter ses taux d’intérêt. Autrement dit, si le choc que subit la zone Euro est persistant alors les équipes de Christine Lagarde devront agir vite et fort. Elles ne doivent pas tergiverser car le coût de l’inflation est élevé et durable.
Plusieurs remarques
1- Le choc inflationniste, le prix du pétrole, est de nature externe, indépendamment de la situation interne de la zone Euro. Ce n’est pas le résultat d’un déséquilibre interne.
Lors du premier choc pétrolier, celui-ci était externe et la banque centrale qui n’a pas laissé se développer l’inflation, est celle qui a été la plus restrictive. En France, aux Etats-Unis et en Angleterre l’objectif était d’accommoder le choc puisqu’il venait de l’extérieur et qu’en conséquence il ne fallait pas contraindre l’économie. La Bundesbank avait pris le contrepied de cette option.
Conséquences
A – Le taux d’inflation allemand a été beaucoup plus faible. Entre le dernier trimestre 1973 et le dernier trimestre 1983, le taux d’inflation annuel moyen a été de 11.2% en France, de 8.2% aux Etats-Unis et de 13.4% au Royaume Uni. En Allemagne, le chiffre n’est que de 4.6%.
B- Cela a limité la prime d’inflation portée par les taux d’intérêt de long terme. La conséquence est une reprise plus rapide en Allemagne que dans les trois autres pays cités.
C- En outre,pas de choc nécessaire en Allemagne pour sortir de la longue période d’inflation des années 1970.PasdePaul Volcker avec des taux de la fed à20%, ni de tournant de la rigueur comme en France avec Jacques Delors au printemps 1983.
D- Un choc inflationniste engendre des déséquilibres internes que la politique monétaire doit combattre. C’est son rôle. Si elle se limitait aux chocs externes, elle ne serait pas très active.
2- L’argument d’une croissance faible qui sera davantage pénalisée par la politique monétaire restrictive s’entend. Cependant c’était aussi la raison invoquée au milieu des années 1970 pour accommoder le choc pétrolier en France, aux Etats-Unis et en Grande Bretagne avec le succès que l’on connait.
Par la nature des changements qui se produisent depuis la pandémie, le monde sera plus inflationniste. La politique, la concurrence exacerbée par la technologie, les pénuries et la répartition de l’énergie ont engendré des frottements dans les échanges internationaux.
Ils se traduiront par des ajustements des chaines de valeur, des échanges internationaux fragilisés par les détroits, de la productivité qui ne sera pas uniforme et des mouvements de prix pour faciliter les adaptations collectives.
Le choc sur l’énergie sera surement plus persistant que ce que l’on imagine ou que l’on espère. Le risque inflationniste demeurera et c’’est pour cela que les banques centrales conserveront un rôle essentiel dans la gestion du cycle et de l’inflation.

