La population européenne vieillit. Pour faire face, les flux migratoires ont tendance à compenser le déséquilibre entre population active et inactive. Comment appréhender l’impact de ces flux ?
En Corée du Sud (réf. en commentaire), une expérience grandeur nature a pu être menée, une forme d’expérience de laboratoire pour déterminer la dynamique de l’emploi lorsque ces flux migratoires sont réduits.
Dans ce pays, où la population vieillit très vite, une procédure a été mise en place en 2004 pour faciliter les emplois peu qualifiés dits EPS pour des travailleurs des pays d’Asie. Ils occupent des postes manuels notamment dans le secteur manufacturier sur des tâches simples et répétitives. Ces emplois les jeunes coréens, plus diplômés en moyenne, n’en veulent pas.
En 2020, avec la Covid, le nombre de ces travailleurs est réduit de 20%.
L’impact de cette mesure en trois points. Ils contredisent l’idée qu’une restriction migratoire favoriserait l’emploi et les salaires des natifs
1 – Une surmortalité des entreprises.
Celles, dépendant le plus de ces travailleurs EPS, ont eu une probabilité de fermeture 2 à 3 fois plus élevée que les autres. Ce sont des entreprises avec des marges financières limitées et une incapacité à amortir la rupture.
2- Les entreprisessurvivantes mais exposés au risqueEPS ont déclarés une perte de revenu et deproduction.
Elles n’ont pas répondu par une automatisation accrue et les travailleurs natifs n’ont pas remplacé les immigrés, faute de candidats pour ces postes.
3 – Les travailleurs coréens n’ont pas bénéficié de la pénurie.
Il n’y a pas eu de nouvelles embauches de Coréens, il y a eu rétention des salariés en poste (maintien des effectifs), une baisse significative des salaires parce que les salariés coréens ont été en partie déclassés pour pourvoir les emplois qui avaient été perdus par les EPS.
Les leçons de cette expérience pour l’Europe
Le parallèle n’est pas direct — les structures économiques, les systèmes de protection sociale et les dynamiques migratoires diffèrent. Mais les mécanismes mis en lumière par l’étude coréenne ont une portée universelle : dans une économie où les tâches peu qualifiées demeurent indispensables à la production, les travailleurs immigrés peu qualifiés sont des compléments, non des substituts, à la main-d’œuvre native.
Leur présence permet aux travailleurs locaux de se spécialiser vers des tâches à plus haute valeur ajoutée. Leur absence ne libère pas d’emplois pour les natifs — elle dégrade l’ensemble du système productif.
Le débat migratoire ne peut être réduit à une équation coûts-bénéfices culturelle ou budgétaire, ces résultats invitent à une autre lecture : celle des besoins fonctionnels d’une économie dont la démographie ne peut plus, seule, assurer la reproduction. Ignorer cette réalité a un coût — pour les entreprises, et pour les travailleurs que l’on prétend protéger.
